1. Impacts financiers
Aux lendemains de l’intervention des Etats-Unis et d’Israël en Iran et parmi les trois scénarios que l’on pourrait envisager (scénario d’une chute du régime rapide avec constitution d’un nouveau gouvernement de forces de l’opposition ; scénario d’enlisement et de chaos avec généralisation du conflit et débarquement des troupes américaines ; scénario de reprise des négociations entre les Etats-Unis et un Iran affaibli après quelques jours ou semaines de frappes), les marchés semblent anticiper une résolution rapide ou une escalade limitée du conflit au vu de leurs réactions relativement contenues ce lundi 2 mars 2026, d’autant que cette intervention se produit dans un marché relativement « cher » aussi bien sur le crédit que les actions :
Le prix du baril Brent a ouvert en hausse de +10% à 80$ à l’ouverture avant de légèrement refluer.
Les marchés d’actions baissent légèrement avec par exemple -1,5% pour l’indice français CAC40, -1,8% pour l’indice européen Eurostoxx 50, l’indice Future sur les actions américaines S&P500 à -1%.1
Les taux 10 ans sont en très légère hausse (+3 points de base sur le taux 10 ans américain, +2 points de base sur le taux 10 ans français). 1
1 Sources Bloomberg, données le 2 mars 2026 à 11h50
Marchés de Taux et Crédit
L’intervention des ÉtatsUnis et d’Israël en Iran intervient dans un marché crédit déjà cher et des taux sur les maturités longues à des niveaux bas.
À ce stade, le marché anticipe un conflit court, ce qui limite les mouvements dans un environnement à la liquidité limitée sur le crédit : l’indice des obligations « Crossover » (obligations notées à la frontière entre le crédit de bonne notation et le crédit plus risqué) s’écarte d’environ +10 points de base, s’établissant aux alentours des 270 points de base, tandis que les taux remontent légèrement de 2–4 points de base sur l’ensemble des courbes américaine, française et allemande.1
Le principal point de vigilance sur le marché des Taux concerne un éventuel impact sur les infrastructures pétrolières, qui pourrait durablement pousser à la hausse les prix du pétrole et du gaz et raviver les anticipations d’inflation.
Marché d’Actions
Cette crise arrive dans un contexte de fragilité sur les actions en particulier sur le marché américain après trois années de fortes hausses à la suite de questionnements sur la rentabilité des investissements dans le secteur de l’intelligence artificielle et son impact sur le marché de l’emploi.
Les marchés européens présentent une valorisation plus modérée mais ont une plus forte dépendance au pétrole et à la croissance mondiale.
Le principal point de vigilance sur le marché des Actions concerne la durée du conflit qui pourrait impacter la croissance mondiale via la hausse du prix de l’énergie et la hausse significative du déficit américain, le coût de la guerre étant significatif (un seul missile américain Tomahawk coûte environ 1,5 million de dollars).
2. Impacts économiques
Pour évaluer l’impact économique, il convient de distinguer deux canaux, le canal des matières premières (essentiellement, le prix du pétrole) et le canal des conditions financières :
Canal du pétrole : le pétrole devient une adversité à partir d’une hausse de 10 dollars (pétrole à 80 dollars) mais l’impact reste marginal ; un pétrole à 100 dollars constituerait une adversité qui ressemble à la Guerre du Golfe I, susceptible de coûter ½ point de croissance aux Etats-Unis et relever l’inflation d’autant.
Canal des conditions financières : à ce stade, pas d’impact significatif.
Les évolutions actuelles ne nous conduisent pas à modifier nos scénarios de croissance/inflation/politique monétaire. Nous sommes cependant très attentifs à l’évolution du cours du pétrole, une hausse plus forte du prix serait interprétée par les banques centrales davantage comme un risque croissance que comme un risque inflationniste, et ce d’autant plus si cela provoque une détérioration des conditions financières via la baisse des actifs risqués.
Conclusion
Les deux points de vigilance à court terme demeurent le détroit d’Ormuz par lequel transite la majorité du pétrole mondial et qui reste ouvert pour le moment et le ciblage d’infrastructures pétrolières dans les pays du Golfe (raffineries). Ces deux éléments ne sont pas (ou peu) pris en compte par les marchés actuellement.