20 mars 2024

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Japon : le pivot de la BoJ ne signifie pas le début d’un cycle de resserrement monétaire rapide et agressif

Thuy Van Pham
Thuy Van Pham, Economiste

La Banque du Japon a mis fin à son dispositif monétaire ultra accommodant à l’issue de la réunion des 18-19 mars 2024. Les annonces incluent :
•    La fin de la politique des taux courts négatifs : le taux d’intérêt directeur est passé à entre 0 % et 0,1 % contre une fourchette de -0,1 % à 0 % précédemment (à 7 votes contre 2) ;
•    L’abandon du contrôle de la courbe des rendements avec la poursuite des achats de JGB avec le même montant effectué jusqu’à présent, c’est à dire environ 6 trillions de yens par mois (à 8 votes contre 1). En cas de hausse rapide des taux d’intérêt à long terme, la BoJ « apportera des réponses adaptées, comme augmenter le montant des achats de JGB » ou effectuer des opérations d’achats à taux fixe ;
•    La fin des achats d’ETF/J-REIT et l’abandon progressif des programmes spéciaux de soutien au financement des entreprises (CP et obligations d’entreprises). Ces derniers seront interrompus en 2025 (vote à l’unanimité) ;
•    L’ajustement des conditions et des taux des facilités de prêt (vote à l’unanimité).

La BoJ a justifié sa décision par sa confiance croissante quant à la trajectoire future de l’inflation. En effet, le « cycle vertueux des prix-salaires est devenu plus solide », notamment avec les premiers résultats des négociations salariales annuelles (« shunto »). En conséquence, l’objectif d’inflation à 2 % sera atteint « d’une manière stable et durable » vers la fin de la période de ses dernières projections macroéconomiques publiée en janvier, c’est-à-dire à l'horizon 2025-2026. Les mesures d’assouplissement monétaire « à grande échelle ont rempli leur rôle, notamment la politique de taux d’intérêt négatifs et le contrôle de la courbe des rendements ». 


La décision constitue une surprise. Nous avons toujours pensé qu’un pivot dès le mois de mars serait prématuré en raison de la division affichée encore récemment au sein du Comité et surtout du contexte économique toujours fragile.  La BoJ nous semble ainsi « pressée » face aux anticipations croissantes de baisses des taux dans les autres pays développés. La « fenêtre de tir » a été, de toute évidence, les résultats préliminaires du « shunto » ce weekend. Ils annoncent une hausse des salaires pouvant s’élever à 5,3 % en moyenne contre 3,6 % l’année dernière, la plus forte augmentation depuis 33 ans. La BoJ n’a donc pas attendu l’issue des négociations des PME, qui pourrait être moins favorables. En effet, la plupart d’entre elles n’ont pas le pouvoir de fixation des prix nécessaire pour répercuter la hausse des coûts sur les prix finaux et in fine accorder de fortes augmentations salariales. La faiblesse des données macroéconomiques (commandes, production, consommation) a été par ailleurs minimisée. La BoJ est persuadée que l’économie va se redresser modérément dans les prochains mois.


Notre scénario monétaire n’est pas bousculé pour autant. Le changement annoncé aujourd’hui ne signifie pas le début d’un cycle de resserrement monétaire rapide et agressif. Au contraire, la normalisation monétaire sera progressive. La BoJ a clairement indiqué qu’elle « prévoit de maintenir des conditions financières accommodantes pour le moment ». Lors de la conférence de presse, M. Ueda a reconnu que « qu’il faudrait encore du temps pour que les anticipations d’inflation atteignent 2 % ». En conséquence, « de nouvelles hausses des taux ne seront envisageables que si la BoJ est totalement convaincue des risques à la hausse pour l’inflation ». En ce sens, les statistiques de salaires et de consommation donneront des indications pour l’orientation future de la politique monétaire. Il sera important de voir si la forte croissance des salaires des grandes entreprises se répercute sur les PME. 


Les résultats des deuxième et troisième cycles de négociations salariales seront annoncés le 22 mars et le 4 avril. Les chiffres des salaires du mois de mars/avril et les comptes nationaux du 1er trimestre ne seront pas connus en revanche avant la réunion des 25-26 avril.

Dans ce contexte, une nouvelle hausse du taux directeur de 10bp est envisageable le 13 juin si et seulement si les statistiques venaient à confirmer la confiance de la banque centrale.


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