A l’issue de la réunion des 30-31 juillet 2024, la Banque du Japon (BoJ) a décidé de relever ses taux d’intérêt de 15 points de base, de « 0-0,1% » à « au moins 0,25 % ». Il s’agit du niveau le plus élevé depuis 2008. La BoJ a également présenté un plan détaillé visant à réduire graduellement les achats d'obligations mensuels en plusieurs étapes, de 5,7 trillions de yens actuellement à environ 3 trillions à partir de janvier-mars 2026.
Au-delà des annonces, nous retenons deux éléments essentiels :
- La BoJ a justifié sa décision par sa confiance croissante dans le cercle vertueux, entre augmentations salariales, hausse de la consommation et croissance économique. L’activité économique et la trajectoire des prix ont « globalement évolué en ligne » avec les prévisions présentées en avril, tandis la transmission des hausses des salaires dans les prix de vente s’est renforcée. En particulier, les hausses des salaires se sont répandues dans toutes les régions, secteurs et tailles d’entreprises. Le salaire moyen mensuel a progressé de 2 % sur un en mai, soit le rythme le plus élevé depuis 1994.
- Les nouvelles prévisions suggèrent une nouvelle hausse des taux d’ici la fin de l’année. D’une part, le ralentissement de la croissance du PIB projeté au cours de l’année fiscale AF2024 (à 0,6 % contre 0,8 % projeté en avril) serait temporaire et la reprise se confirme pour l’AF2025 et l’AF2026, les prévisions étant inchangées à 1 %. D’autre part, la banque centrale est plus optimiste : l’inflation pourra attendre la cible de 2 % d’une manière durable, à 2,5 % pour l’AF2024 (contre 2,8 % projeté en avril) et 2,1 % pour l’AF2025 (contre 1,9 %). Selon la BoJ, les anticipations d’inflation des entreprises et des ménages ont augmenté et l’inflation importée liée à la faiblesse du yen représente un risque haussier significatif qui nécessite une attention particulière.
Notre scénario monétaire anticipait jusqu’à présent une BoJ prudente dans sa normalisation monétaire et donc une enveloppe de hausses limitée à 25pb au total au cours du second semestre. Cette conviction est intacte malgré l’annonce du jour. En effet, la hausse nous parait décidée dans l’urgence alors que les fondamentaux ne sont pas encore suffisamment solides (faibles ventes au détail, croissance des salaires réels négatives, inflation des services en dessous de 2 %). Les élections à la présidence du Parti libéral-démocrate et donc au poste du Premier ministre, prévues le 20 septembre et pendant la réunion de la BoJ, ont probablement précipité la prise de décision.
Pour la suite, le discours du gouverneur Ueda a été relativement « hawkish », laissant la porte ouverte à de nouvelles hausses de taux. Toutefois, celles-ci ne seront envisageables que « si la croissance et l'inflation évoluaient conformément aux prévisions de la Banque ». Nous pensons qu’une nouvelle hausse prudente de 10-15bp est possible en octobre : les salaires réels pourraient progresser d’ici là, à mesure que l’inflation revienne vers la cible et que l’accord salarial du printemps se reflète pleinement dans les statistiques des salaires. Parallèlement, les taux réels restent négatifs, ce qui laisse quelques marges de manœuvre aux autorités. La seule incertitude concerne l’évolution du yen. La perspective de baisses des taux de la Fed, si elle se confirme cet automne, réduira le degré d’urgence d’une hausse des taux nippons.
