04 mai 2026

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La BCE en mode "surveillance étroite"

Maryse Pogodzinski, Economiste

Sans surprise, le Conseil des gouverneurs a décidé de laisser les taux directeurs inchangés, soit le taux de dépôt, le taux de refinancement et le taux de facilité, à respectivement 2.00%, 2.15% et 2.40%. Le Conseil reconnait que même si les informations disponibles correspondent globalement à la précédente évaluation des perspectives économiques de mars dernier, les risques à la hausse sur l’inflation et les risques à la baisse sur la croissance se sont intensifiés. En d’autres termes, la BCE reconnait que l’on s’est éloigné du scénario central mais ne dispose pas à ce jour suffisamment de données et d’informations pour modifier l’orientation de sa politique monétaire. Les effets du conflit sur l’inflation à moyen terme et l’activité économique dépendront de l’intensité et de la durée du choc sur les prix énergétiques et de l’ampleur de ses effets indirects et de second tour. La BCE maintient son approche « data dependant », réunion par réunion et ne s’engage pas à l’avance sur une trajectoire de taux particulière.


Ce que l’on retient :

 La BCE repondère le risque baissier sur la croissance : la BCE a fait une description moins favorable de l’activité économique comparativement au Conseil de mars ; les données disponibles laissent à penser que le conflit pèse sur l’activité économique et les enquêtes signalent un ralentissement de la croissance (cf graphe). Les coûts élevés de l’énergie devraient continuer de peser sur les salaires réels, freinant la consommation des ménages et les investissements des entreprises. Les conditions financières sont également plus resserrées qu’avant le début du conflit (cf graphe).

  • L’inflation se maintiendra à un niveau nettement supérieur à 2% à court terme : l’inflation s’est accélérée depuis le début du conflit, en raison de la flambée des prix de l’énergie (cf graphe). Les indicateurs relatifs à l’inflation sous-jacente ont, en revanche, peu varié (cf graphe). L’outil de suivi des salaires de la BCE et les enquêtes sur les anticipations relatives aux salaires continuent de signaler une baisse des coûts de la main d’œuvre courant 2026. Mais les enquêtes pointent une hausse des autres composantes des coûts et des anticipations relatives aux prix de vente. Les anticipations d’inflation ont nettement augmenté à court terme mais restent stables à long terme autour de 2%, ce qui soutient l’hypothèse d’une stabilisation de l’inflation autour de la cible à moyen terme (cf graphe).
  • La BCE garde son approche fondée sur les données : la prolongation de la période de prix de l’énergie élevés accroit le risque des effets indirects et de second tour ; c’est pourquoi la BCE maintient une approche fondée sur les données et surveille de très près l’ampleur et la durée de cette envolée du prix du pétrole et de ses répercussions possibles sur la formation des prix et des salaires, sur les anticipations d’inflation et sur la dynamique économique dans son ensemble.
  • Bien que le statu quo s’est fait à l’unanimité du Conseil, il y a eu débat sur une possible hausse de 25 points de base

 

En conclusion, la BCE se donne du temps avant d’envisager un changement d’orientation de sa politique monétaire ; à ce jour, la BCE ne voit pas d’effet de second tour du choc énergétique mais reconnait que si les prix de l’énergie augmentent davantage et plus durablement qu’envisagé actuellement, l’accélération de l’inflation serait encore plus forte et pourrait se diffuser aux autres prix et salaires. La BCE doit faire face à un arbitrage compliqué entre risque haussier sur l’inflation versus risque baissier sur la croissance. Après l’exercice de mars où la BCE a fait comprendre qu’elle avait tiré les leçons de 2021-2022, la présidente s’est employée à expliquer que la décision d’aujourd’hui était une « décision éclairée » fondée sur des informations insuffisantes pour définir l’orientation appropriée de la politique monétaire, donc maintien du statu quo. Nous maintenons à ce jour notre scénario monétaire de statu-quo prolongé versus des anticipations de marchés de 3 hausses de taux d’ici fin 2026. A noter que les anticipations de marchés restent volatiles et réagissent aux variations du prix du pétrole (cf graphe)

Zone Euro : inflation et prix du pétrole (%, GA)
Zone Euro : inflation (% glissement annuel)
Zone Euro : indice de confiance, enquête Commission Européenne
Zone Euro : enquête de la BCE auprès des établissements de crédit sur les conditions d'octroi de prêts aux entreprises
Pétrole et taux d'intérêt
Zone Euro : anticipations d'inflation à moyen / long terme

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