02 avril 2026

Dette subordonnee

Obligations bancaires : une exposition plus limitée que les actions à la hausse des créances douteuses​​​​​​​

Hadrien Janin
Hadrien Janin, Spécialiste Produits Taux et Monétaire

Communication marketing


À RETENIR

  1. Le taux de créances douteuses, principal indicateur de la qualité du portefeuille de prêts d’une banque, s’est situé fin 2025 à un niveau proche de ses plus bas historiques en Europe1.
  2. Face au risque de crédit, les banques doivent anticiper les pertes potentielles liées aux prêts accordés en estimant à l’avance un montant qu’elles mettront de côté : c’est ce qu’on appelle une provision.
  3. Les obligations bancaires bénéficient en général de plusieurs amortisseurs avant d’être affectées : les bénéfices courants, les coussins de fonds propres prudentiels et le partage des risques avec les investisseurs non bancaires.
  4. Ainsi, une hausse potentielle des créances douteuses demeure, dans un premier temps, une problématique affectant principalement les actionnaires.

QU’EST-CE QU’UN CRÉDIT DOUTEUX ?

Un crédit douteux est un prêt dont les échéances n’ont pas été respectées, ou dont la banque juge peu probable le remboursement intégral, même en actionnant les garanties associées (un bien immobilier, par exemple).


C'est habituel dans l'activité bancaire : certains emprunteurs, particuliers ou entreprises, rencontrent des difficultés.

La question n'est donc pas de savoir si ces créances douteuses existent, mais quel est leur niveau, et si la banque s'est bien préparée à y faire face. Sur ces deux points, le constat est aujourd'hui rassurant.

Par exemple après la crise financière de 2008, les créances douteuses ont explosé en Europe pour dépasser 1 000 milliards d’euros en 2015, soit plus de 6 % de l’ensemble des prêts accordés 1.


Source : European Banking Authority


LES CRÉANCES DOUTEUSES S’ÉTABLISSENT ACTUELLEMENT SUR UN NIVEAU HISTORIQUEMENT BAS EN EUROPE


Face à cette accumulation, la Banque Centrale Européenne (BCE) a publié en 2017 et 2018 un cadre de règles précises, imposant notamment aux banques :

Une définition harmonisée de la définition d’un défaut, mettant fin aux disparités d’un pays à l’autre.

Le délai de provisionnement de ces créances douteuses selon que le prêt ait été adossé à une garantie réelle (tel qu’un bien immobilier) ou non (marque commerciale, …).

• Un nettoyage du bilan bancaire en facilitant la cession d’une partie de leurs portefeuilles de créances douteuses à des investisseurs spécialisés. Ces efforts ont porté leurs fruits. Le taux de créances douteuses moyen des grandes banques de la zone euro est tombé sous les 2 % 1 en 2025, un niveau historique.

Evolution du ration des Prêts Non Performants (créances douteuses) des banques de la Zone Euro

LES PROVISIONS : DES RÉSERVES MISES DE CÔTÉ AVANT L’ARRIVÉE DES PROBLÈMES

Face à des créances douteuses, une banque ne subit pas forcément une perte. Cependant, dans une approche prudente, elle anticipe ce risque et met progressivement de l'argent de côté : c'est ce qu'on appelle constituer une provision. Il faut voir ce procédé comme une réserve pour imprévus, anticipée bien avant que l’évènement négatif ne survienne.

Une réforme comptable entrée en vigueur en 2018 (la norme IFRS 9) a donné corps aux règles du jeu : les banques doivent désormais estimer et provisionner les pertes probables bien avant qu'elles ne se produisent. Avant cette réforme, elles n'enregistraient une perte que lorsqu'elle était effective. Aujourd'hui, dès qu'un prêt ou un secteur d’activités présente des signes de fragilité, une provision est constituée. C'est plus prudent, et cela signifie que les bilans bancaires intègrent davantage le risque de pertes.

Concrètement, IFRS 9 classe chaque crédit en trois catégories selon son niveau de risque ci-contre.

Catégorie 1 / 2 et 3


À retenir sur IFRS 9 : le passage de la catégorie 1 à la catégorie 2 est le principal amplificateur d’estimation des pertes de crédits en période de crise. En cas de détérioration économique, une proportion modeste des crédits peut basculer dans la catégorie 2, mais peut provoquer une hausse marquée des provisions, même si aucun emprunteur n'est encore en défaut. Cette mécanique peut rendre les comptes de résultat des banques plus sensibles aux anticipations macroéconomiques qu'à la sinistralité réelle du moment.

Le risque de défaut demeure en cas de forte hausse des créances douteuses, mais il n'est pas le scénario privilégié.

Hadrien Janin

Spécialiste produits obligataires

OÙ EN SONT LES NIVEAUX DE PROVISIONS ?

Pour chaque euro de crédit douteux, les banques européennes ont mis en moyenne environ 42 centimes de côté fin 2024 (source : BCE, T4 2024). Le coût annuel de ces provisions représente environ 0,45 % de l'ensemble des crédits accordés, un niveau qui se rapproche de la moyenne historique après des années exceptionnellement basses. Cette normalisation était attendue, et elle ne remet pas en cause la solidité du secteur.


POURQUOI LES OBLIGATIONS BANCAIRES SONT-ELLES MOINS EXPOSÉES À LA HAUSSE DES CRÉANCES DOUTEUSES QUE LES ACTIONS ?

C'est le cœur du sujet. En cas de hausse significative des créances douteuses, qui supporte les conséquences, et dans quel ordre ? La réponse est claire, et elle joue en faveur des porteurs d’obligations bancaires.


Premier coussin : la distribution des bénéfices

Les grandes banques européennes sont aujourd'hui très rentables. Leur taux de rentabilité (sur fonds propres) dépasse nettement les 10 %, des niveaux qu'elles n'avaient pas atteints depuis la crise de 2008 2 . Concrètement : si une banque dégage 10 milliards de bénéfices et doit provisionner 3 milliards de plus, elle reste largement profitable. La première ligne de défense, c'est la capacité bénéficiaire de la banque elle-même.


Deuxième coussin : les provisions sectorielles ou génériques

Si les pertes de crédit venaient à dépasser les attentes et prévisions des banques, la variable suivante d’ajustement serait les provisions sectorielles ou génériques existant également dans les bilans bancaires. Les banques les ont constituées depuis plusieurs semestres pour couvrir les risques liés à la géopolitique, aux droits de douane, aux risques climatiques ou aux conflits.*

Ces provisions pourraient réduire l’ampleur des pertes nettes pour les banques.


Troisième coussin : le capital réglementaire

Au-delà des bénéfices et des dividendes, les banques disposent d’un niveau de capital réglementaire élevé (plus de 16 % en moyenne pour les grandes banques européennes, selon l’EBA 3 au T4 2025), bien au-dessus du minimum légal. En pratique, cela signifie qu’elles disposent d’excédents de fonds propres pour encaisser d’éventuelles pertes significatives.*



Le rôle du shadow banking

​​​​​​​Les bilans bancaires sont structurellement moins risqués qu'en 2008. Aussi, une partie croissante du financement des entreprises passe désormais par des acteurs non bancaires : fonds de crédit privé, fonds de dette, véhicules de titrisation. Ce phénomène, souvent appelé « finance de l'ombre » (shadow banking), porte également une partie des risques de crédit. Les pertes sont, dès lors, partagées avec des investisseurs non bancaires spécifiquement rémunérés pour ces risques, allégeant ainsi la concentration au sein des bilans bancaires réglementés.


EN RÉSUMÉ, FAUT-IL CRAINDRE UNE FUTURE HAUSSE DES CRÉANCES DOUTEUSES ?

Nous anticipons une hausse des provisions et des créances douteuses dans les prochains trimestres, d’ampleur toutefois contenue au regard des risques actuels (géopolitiques, conflits…). Les banques européennes disposent de multiples couches de protection : une rentabilité opérationnelle solide, des provisions déjà anticipées grâce à IFRS 9 et des coussins de capital confortables. Le premier impact d'une détérioration du risque de crédit se traduirait par une baisse des résultats nets, des dividendes et des rachats d'actions, c'est-à-dire avant tout une difficulté pour l'actionnaire. Pour le porteur d'obligations financières, le risque de défaut demeure, mais il n’est pas le scénario de base pour les grandes banques européennes.


2 Source : ecb.europa.eu

3 EBA : European Banking Authority


Ce fonds est réservé aux investisseurs avertis.

SRI : 2/7
Cet indicateur représente le profil de risque affiché dans le DIC. La catégorie de risque n’est pas garantie et peut changer au cours du mois.
Durée de placement recommandée : supérieure à 4 ans


PRINCIPAUX RISQUES :

  • Risque de perte en capital
  • Risque de taux
  • Risque de crédit
  • Risque de subordination : Le risque de subordination désigne le risque qu’un créancier soit remboursé après d'autres créanciers en cas de faillite de l’émetteur. Il concerne principalement les détenteurs de titres subordonnés, comme certaines obligations financières ou dettes hybrides.


AVERTISSEMENT

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