Le comité de politique monétaire de la Banque d'Angleterre (BoE) a maintenu son taux directeur à 3,75 % lors de sa réunion du 17 juin (cf. graphique 1). Sept membres ont voté en faveur du statu quo, tandis que Megan Greene a rejoint Huw Pill dans le camp favorable à une hausse de 25 points de base.
Dans l’ensemble, la réunion ne marque pas de changement majeur de stratégie. Le ton du communiqué apparait toutefois plus rassurant qu’en avril. Nous avons retenu quatre évolutions importantes :
- La perception du choc énergétique est moins alarmiste. En avril, le conflit au Moyen-Orient constituait la principale source d’inquiétude de la BoE. L’institution insistait alors sur le risque de scénarios très inflationnistes liés à une hausse prolongée des prix du pétrole. Depuis, ces derniers ont reculé dans le sillage des progrès diplomatiques dans la région. Les membres reconnaissent que les prix restent au-dessus de leurs niveaux d’avant conflit et volatiles. Plusieurs d’entre eux estiment toutefois que le risque d’un scénario extrême s’est réduit.
- La trajectoire de l’inflation est plus rassurante. Cette dernière est revenue à 2,8 % en mai, un niveau inférieur aux projections de la BoE (cf. graphique 2). Plusieurs membres estiment que le processus de désinflation se poursuit malgré le choc énergétique, porté par le ralentissement des salaires, la détente du marché du travail et la faiblesse de la demande. Les enquêtes auprès des entreprises montrent également un recul des anticipations de hausse des prix (cf. graphique 3). Pour autant, les inquiétudes liées à la persistance de l’inflation n’ont pas disparu. La remontée des anticipations d’inflation des ménages constitue un point de vigilance. Pour certains membres, notamment Megan Greene et Huw Pill, celle-ci pourrait favoriser l’apparition d’effets de second tour. À ce stade toutefois, les données ne montrent pas de transmission significative du choc énergétique aux salaires, ni aux comportements de fixation des prix.
- La BoE accorde davantage d’importance au resserrement des conditions financières dans son analyse. Depuis le début du conflit, les marchés ont fortement revu leurs anticipations de taux, entrainant une hausse des rendements obligataires, des taux hypothécaires et des coûts de financement des entreprises. Pour la plupart des membres, ce durcissement exerce déjà un effet restrictif sur l’économie et limite la nécessité d’une hausse de taux.
- L’approche prudente et « dépendante des données » est renforcée. La détente des prix de l’énergie, les signaux plus favorables sur l’inflation sous-jacente et le durcissement des conditions financières plaident en faveur d’une période d’observation supplémentaire. Pour autant, le débat reste vif au sein du comité. La principale ligne de fracture porte sur l’opportunité d’une action préventive : Greene et Pill plaident pour une hausse des taux afin de limiter le risque de persistance de l’inflation, tandis que la majorité préfère attendre davantage de preuves d’effets de second tour. Le soutien de Catherine Mann au statu quo, malgré sa position traditionnellement « faucon », illustre cette préférence majoritaire en faveur du « wait and see ».
Au total, la réunion renforce l’idée d’une BoE patiente et vigilante. Si les risques de second tour continuent de justifier sa vigilance, l’évolution des prix de l’énergie, de l’inflation sous-jacente et des conditions financières réduit l’urgence d’un resserrement monétaire. Cette lecture est cohérente avec notre scénario central d’un maintien du taux directeur à 3,75 % sur l’ensemble de l’année 2026.
