La Banque d’Angleterre (BoE) a maintenu son taux d'intérêt directeur inchangé à 4,75 % à l’issue de la réunion du 19 décembre 2024. Sans rapport trimestriel sur la politique monétaire ni conférence de presse, elle a fourni peu de nouveautés. Quelques éléments intéressants ont toutefois émergé :
1/ La BoE reconnait que la situation économique actuelle est devenue moins favorable depuis la dernière réunion. Les enquêtes de conjoncture se sont dégradées, de sorte que le comité anticipe désormais une croissance nulle au dernier trimestre 2024, soit 0,3 point de moins que les prévisions effectuées en novembre. Les autorités ont aussi souligné les incertitudes qui pèsent sur la croissance, notamment l’impact de la hausse des cotisations patronales ainsi que des tensions commerciales et géopolitiques.
2/ La BoE reste vigilante quant à la trajectoire de l’inflation. Certes, des progrès ont été réalisés au cours des derniers trimestres en matière de désinflation grâce à l’atténuation des chocs externes. En revanche, les pressions inflationnistes domestiques subsistent et se résolvent plus lentement. L’inflation s’est d’ailleurs réaccélérée, passant de 1,7 % en septembre à 2,6 % en novembre (cf. graphique 1). Le chiffre est légèrement au-dessus des prévisions de la BoE. L’inflation globale devrait continuer de progresser à court terme, tout comme les anticipations.


3/ La BoE est aussi prudente face à la volatilité des données du marché du travail. Les Minutes ont souligné les données dynamiques sur les salaires publiées cette semaine (cf. graphique 2). Elle a toutefois indiqué que celles-ci étaient en contradiction avec d’autres indicateurs alors que le marché du travail continue de s’équilibrer, le taux d’emplois vacants ayant marqué une nouvelle baisse en novembre par exemple. Les enquêtes de la BoE ont indiqué que les accords sur les salaires prévoyaient une hausse de 3 à 4 % en 2025. Cela est inférieur aux 5,5 % de l’année dernière, mais reste supérieur à la fourchette de 2 à 4 % évoquée en novembre.
4/ Au total et de manière générale, aucun changement n’est observé dans la tonalité de la majorité des membres du Comité. La « forward guidance » reste prudente et « dépendante des données ». Les développements récents ont même « renforcé l’argument en faveur d’une approche graduelle du retrait de la politique monétaire restrictive » et celle-ci doit être « suffisamment restrictive pendant suffisamment longtemps pour ramener l’inflation à l’objectif de 2 % de manière durable à moyen terme ». La BoE refuse par ailleurs de « s’engager sur la date ou l’ampleur de la baisse des taux pour l’année à venir » compte tenu des incertitudes.
5/ Le Comité parait toutefois divisé. Le statu quo a été soutenu par 6 membres. Ces derniers ont de nouveau souligné les risques d’une inflation persistante, en particulier ceux posés par le budget présenté fin octobre par le gouvernement travailliste de Keir Starmer. Le gouverneur adjoint Dave Ramsden et les membres externes, Swati Dhingra et Alan Taylor, ont quant à eux voté en faveur d’une baisse de 25 points de base à 4,5 %. Ces derniers ont estimé que la position actuelle de la politique monétaire était trop restrictive compte tenu du risque sur la demande et le marché du travail à court terme, alors qu’elle « risquait de s’écarter de manière insoutenable de l’objectif d'inflation de 2 % tout en créant un output gap excessivement important » à moyen terme.
Notre scénario d’un assouplissement monétaire prudent se renforce. Si la division au sein du Comité peut plaider en faveur d’une nouvelle baisse des taux en février 2025 lors de la présentation de nouvelles prévisions trimestrielles, plusieurs éléments continuent d’inciter à la prudence : rigidité de l’inflation des services, poursuite de la hausse des salaires (nouvelle hausse du salaire minimum à partir d’avril 2025) et augmentation des dépenses publiques dans le cadre du Budget d’Automne expansionniste. D’autres arguments ont émergé récemment : intention des entreprises d’augmenter les prix pour compenser la hausse de cotisations patronales (54% des entreprises sondées selon l’enquête Monthly Decision Maker Panel de la BoE) ou accélération de la hausse des prix de l’immobilier (cf. graphique 3).
Ainsi, notre scénario est maintenu avec une enveloppe limitée à deux baisses en 2025 et un pas de 25 points de base pour chaque. La même trajectoire peut être envisagée pour 2026. Le taux terminal est estimé à 3,75 % fin 2026.

