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4 min 5 mai 2023 Maryse POGODZINSKI

BCE : du sprint à la course de fond…

...mais trajectoire toujours haussière sur les taux directeurs ! La BCE a relevé ses taux directeurs de 25 points de base, laissant le taux de refinancement, de facilité et de dépôt à respectivement 3.75%, 4.00% et 3.25%. La BCE maintiendra une approche " data dependant " pour déterminer le degré et la durée de son orientation restrictive.

Maryse Pogodzinski
Maryse Pogodzinski, économiste

La réduction des réinvestissements dans le cadre de l’APP se poursuivra jusqu’en juin, comme annoncé, à un rythme de 15 Mds d’euros par mois en moyenne, puis la BCE cessera de réinvestir à partir de juillet. Il n’y a pas de changement sur les réinvestissements dans le cadre des achats du PEPP, qui se poursuivront au moins jusqu’à la fin 2024.

Ce que l’on retient :

  • Le passage de 50 à 25 points de base reflète la prise en compte « d’une vigoureuse transmission des hausses de taux passées sur les conditions de financement » ; comme déjà mentionné plus tôt cette semaine, l’enquête BCE sur les conditions de crédit a montré d’une part un resserrement des conditions d’octroi mais d’autre part une chute de la demande de prêts des entreprises (cf chart), plus forte qu’initialement anticipé par les banques et la plus forte depuis la crise financière 2008/2009 (chart). La BCE se félicite du bon fonctionnement de sa politique monétaire sur les conditions de financement, qualifié de 1ère étape par la Présidente de la BCE.
  • La trajectoire est toujours haussière sur les taux directeurs : la BCE exclue à l’évidence toute pause ; « il y a encore du chemin à faire » ; la BCE fait mention de « décisions futures » pour amener les taux directeurs à des niveaux suffisamment restrictifs pour assurer un retour au plus tôt vers la cible… ET que les taux soient maintenus à ces niveaux aussi longtemps que nécessaire. Ce qui signifie clairement pas de baisse de taux à horizon de prévision.
  • Le maintien de l’approche « data dependant » : les décisions relatives aux taux directeurs seront prises en fonction de l’évaluation des perspectives d’inflation sur la base de 3 critères :
    1/les données économiques et financières ;
    2/ la dynamique de l’inflation sous-jacente ;
    3/ la force de la transmission de la politique monétaire.
  • La détermination à revenir sur la cible de 2% à moyen terme reste intacte : la déclaration introductive commence cette fois par le constat que « les perspectives d’inflation demeurent trop élevées sur une période trop longue ».
  • La crédibilité de la BCE : la transmission de la politique monétaire a bien commencé et elle fonctionne bien, en ligne avec le scénario de la BCE selon la Présidente : on est actuellement dans la 1ère étape avec le resserrement des conditions de financement ; la 2ème étape à venir sera le ralentissement de la demande et la 3ème étape, le retour à la cible.

 

Ce que la BCE scrute attentivement :

  • Les marges des entreprises : la BCE a déjà fait une remarque sur la nécessité du « partage du fardeau » de l’inflation entre les entreprises et les ménages sinon il pourrait y avoir un effet retour sur les salaires et un risque de spirale inflationniste.
  • La croissance des salaires : les pressions salariales se sont accentuées dans un contexte de marché du travail robuste ; les accords salariaux conclus récemment renforcent les risques à la hausse de l’inflation, en particulier si les marges bénéficiaires restent élevées.
  • Les anticipations d’inflation : si la plupart des mesures des anticipations d’inflation à long terme s’établissent aux environs de 2%, la hausse de certains indicateurs justifie un suivi assidu.

En conclusion, la réunion d’hier confirme la détermination de la BCE « à assurer un retour au plus tôt de l’inflation vers l’objectif de 2% à moyen terme »; nous maintenons notre cible de 4% pour le taux de dépôt d’ici fin septembre.

 

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Graphe 1

Source : Datastream – Calculs Groupama – AM

 

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Graphe 2

Source : BCE – Calculs Groupama – AM