Brexit – l’impossible entente de la classe politique britannique

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Dans la saga "BREXIT" débutée le 23 juin 2016 à l'issue du référendum, les rebondissements quotidiens sont devenus la règle ! Ce phénomène, ajouté au fait que cet événement n'a jamais été vécu dans l'Histoire de l'Union Européenne, crée des facteurs d'incertitudes élevés qu'il est difficile de lever aujourd'hui, à un mois de la date fatidique du 29 mars.

Quelles étapes à venir ?

Dans la saga « BREXIT » débutée le 23 juin 2016 à l’issue du référendum, les rebondissements quotidiens sont devenus la règle ! Ce phénomène, ajouté au fait que cet événement n’a jamais été vécu dans l’Histoire de l’Union Européenne, crée des facteurs d’incertitudes élevés qu’il est difficile de lever aujourd’hui, à un mois de la date fatidique du 29 mars.

En tant qu’observateur de cette tragédie britannique, l’élément le plus marquant concerne les divisions au sein de chacun des deux grands partis d’Outre-Manche, alors qu’à l’opposé, les européens ont affiché leur unité depuis le début des négociations. Cette impossibilité à retourner cette situation a perturbé la négociation des Britanniques qui bien introduits dans les milieux bruxellois, pensaient jouer sur les divisions habituelles des Européens!

Quels sont les enjeux?

Le 25 novembre dernier, l’Union Européenne et le Royaume-Uni ont signé deux documents : l’accord de retrait, document de 600 pages, et la déclaration politique.
Le premier règle la facture du passé et instaure une période de transition jusqu’au 31 décembre 2020, date de fin des plans budgétaires européens à 5 ans. Le second document encadre la suite des négociations sur les relations futures et prévoit la possibilité de prolonger une fois, et pour 2 ans maximum, la période de transition (article 50).

Ces documents doivent être ratifiés par le Parlement britannique puis européen. Or, le premier a rejeté cet accord le 15 janvier par 432 voix contre 202. Depuis cette date, les batailles au sein de l’establishment britannique se multiplient et reflètent la difficulté du pays à organiser son propre destin.

Une clause empêche la ratification de cet accord : le filet de sécurité ou  « backstop » qui garantit le non-rétablissement « temporaire » de la frontière physique entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord. Les Brexiters ont le sentiment que cette clause pourrait perdurer et aboutir à une réunification des deux « Irlande ».

Quels sont les différents scénarios ?

  • Scénario 1 : la ratification de l’accord du 25 novembre 2018 ;
  • Scénario 2 : une sortie sans accord (no deal) ;
  • Scénario 3 : une extension de l’article 50 ;
  • Scénario 4 : une annulation de l’article 50 dans l’attente d’un nouveau référendum.

Depuis la non-ratification de l’Accord le 15 janvier dernier, nous privilégions le scénario 3, opinion encore renforcée par les propositions de Theresa May devant le Parlement mardi 26 février.

 

Quelles sont les principales conséquences économiques associées ?

Le scénario 1, grâce à la période de transition, permet aux 2 parties de se donner du temps pour organiser l’avenir, sans remettre en cause les principes du marché unique et de l’Union douanière. En d’autres termes, il n’y a pas de rupture brutale de l’organisation actuelle des relations entre les 2 parties mais le retrait s’opère de manière ordonnée, offrant une sécurité juridique. L’impact sur les prévisions de croissance 2019 et 2020 reste limité. Mais si ce scénario semble exclu aujourd’hui, dans ce feuilleton à rebondissement, les Brexiters (ceux favorables au Brexit), craignant un nouveau référendum, pourraient néanmoins décider de ratifier l’Accord « révisé », ou plus exactement pourraient accepter la révision de la déclaration politique, seul document que l’UE est prête à faire évoluer aujourd’hui.

Le second scénario de « no deal » signifie que le Royaume-Uni sortira immédiatement de l’Union Européenne (UE), sans période de transition. Le droit de l’Union européenne cessera alors de s’appliquer au Royaume-Uni et les relations commerciales entre les deux parties s’inscriront du jour au lendemain dans le cadre de l’OMC. Un tel scénario serait disruptif sur le plan économique parce qu’il impliquerait immédiatement une remontée des tarifs douaniers et une hausse des coûts indirects de production liés à la désorganisation des chaînes de production, aux retards de livraison, aux contrôles sanitaires et aux ajustements juridiques et contractuels. Une récession britannique s’ensuivrait et la croissance européenne serait également pénalisée, autour de 0,5%. Bien que le risque de ce scénario s’éloigne d’ici le 29 mars, il n’a pas totalement disparu d’ici le 30 juin 2019, nouvelle date évoquée par Theresa May.

Le scénario 3 d’extension de l’Article 50 consiste à ce que le Royaume-Uni (R-U) demande à l’UE de reporter la date de retrait pour éviter une sortie désordonnée. L’avantage de ce scénario est d’éviter le chaos mais prolonge les incertitudes, ce qui est toujours défavorable à l’investissement. La variable clé est la durée du report : s’il est  « court et limité » soit le 30 juin 2019, le risque de « no deal » n’a pas disparu. S’il s’étend jusqu’au 31/12/2020, solution envisagée par l’UE, cela remplacerait la période de transition par une prolongation de l’appartenance du R-U à l’UE pendant la négociation des relations futures, la question du Backstop devenant inutile. En revanche, les Britanniques devront alors élire de nouveaux députés européens fin mai. En termes d’impacts économiques, cet allongement rejoint le scénario 1. Le scénario 3 demeure notre scénario central, sans pouvoir à ce stade se prononcer sur les options sur la durée du report.

Enfin, le scénario 4 d’annulation du Brexit a une faible probabilité de se matérialiser à ce jour, et sera fonction de l’évolution des débats aux Communes, de l’évolution des positions des deux principaux partis face à la fronde de certains députés…et surtout de l’opinion publique !

 

Quel calendrier d’ici le 29 mars 2019 ?

Il s’agit d’un exercice périlleux tant les revirements de situation tels que ceux vécus depuis dimanche, sont possibles jusqu’au dernier moment, et sont imprévisibles à la lecture des rapports de forces entre le Gouvernement et le Parlement. La déclaration de Theresa May du 26 février constitue un tournant majeur puisque les députés obtiennent – ce qui semble logique pour une démocratie parlementaire et qu’ils demandent depuis le début – : de décider en dernier ressort !

  • 27 février : vote d’une motion déposée par le gouvernement suite au discours de T. May
  • D’ici au 12 mars : vote d’une version modifiée de l’accord de novembre
  • 13 mars : en cas de non-ratification de l’accord, nouvelle motion déposée par le gouvernement : le Parlement accepte-t-il une sortie sans accord ?
  • 14 mars : en cas de refus de « no deal », nouvelle motion: le Parlement veut-il une extension courte et limitée de l’Article 50 ?

Mais la durée du report pourrait être augmentée par un amendement déposé par des députés, notamment si les Remainers (ceux contre le Brexit) reprennent la main à la Chambre. La modification de l’accord ainsi que l’extension de l’Article 50 nécessitent l’accord des Européens et la ratification du Parlement européen. Sur le premier point, les dirigeants européens se sont déjà exprimés : seule la déclaration commune peut être « légèrement » modifiée. Sur le second point, si les deux parties ont intérêt au report pour éviter un chaos le 30 mars prochain, l’UE et les dirigeants européens l’accepteront, si et seulement si, les perspectives sur la suite du processus côté britannique, se sont éclaircies.

  • 20 et 21 mars : sommet européen des chefs d’Etat et de gouvernement.

 

Les risques d’un hard brexit – Impacts par secteur

Dans le scénario d’un Brexit sans accord, certains secteurs pourraient être plus impactés que d’autres, notamment :

Banques

  • Il y a un risque de pertes significatives sur une part des revenus des services financiers provenant d’activités avec l’Union Européenne (UE)
  • Nous identifions également un risque de dégradation des actifs en cas de croissance du chômage (hausse du coût du risque) et de baisse des revenus liée à la baisse des volumes.
  • Néanmoins, les banques semblent avoir anticipé le Brexit : les entités anglaises prennent des mesures, notamment via la création de filiales dans la zone euro.

Automobile

  • La chaîne d’approvisionnement avec le continent serait lourdement affectée : près de ¾ des composants sont importés depuis l’UE
  • Un autre risque porte sur la forte baisse potentielle des investissements au Royaume-Uni et de sorties des sociétés étrangères, comme Hyundai.
  • Au global, les enjeux sont importants puisque le secteur au Royaume-Uni représente environ 20% du marché automobile européen et environ 80% de la production automobile britannique est exportée (dont 54% vers l’UE).

Aéronautique & Défense

  • Un « hard Brexit » pourrait impliquer que les certifications de l’agence européenne de la sécurité aérienne ne seraient plus valables pour les flux Royaume-Uni / UE.
  • Risque de baisse des investissements au Royaume-Uni

Immobilier

  • Le risque est fort dans ce secteur également, en particulier dans l’immobilier commercial. Les investisseurs réclameront un taux de rendement plus élevé impliquant donc une baisse des valorisations.
  • La demande de bureaux londoniens risquerait de faiblir du fait d’un ralentissement de l’activité au Royaume-Uni.

Pharmaceutique

  • Les laboratoires pharmaceutiques britanniques représentent 48% des exportations vers l’UE.
  • En cas de « hard Brexit », il y aurait une perte d’accès à la procédure centralisée d’enregistrement des médicaments (déplacement de l’Agence Européenne des médicaments à Amsterdam contre Londres actuellement).
  • Les laboratoires perdraient leurs accès aux financements pour la Recherche et le Développement
  • Néanmoins, ces derniers semblent prendre les devants et allongent leurs stocks (Sanofi, GSK) en prévision d’un allongement des contrôles sanitaires qui pourraient provoquer une rupture en approvisionnement.

 

Notre positionnement stratégique vis-à-vis du risque Brexit

Fonds obligataires

  • Taux

Les fonds adoptent un positionnement neutre par rapport à leurs indices de référence, à savoir neutre sur la sensibilité aux taux d’intérêt britanniques et sur le risque de change.

  • Crédit

Le ralentissement économique est en cours au Royaume-Uni, Brexit ou pas Brexit. Ainsi, nous adoptons une approche prudente sur les entreprises du pays qui font déjà face à des vents contraires. Par ailleurs, sur le Haut Rendement, notre vue défensive s’explique également par des positionnements prudents sur certains secteurs comme les Ventes au Détail qui souffrent d’un momentum défavorable notamment outre-Manche.

  • Monétaire

Au sein de nos portefeuilles monétaires, notre approche sur le risque Brexit est résolument défensive. Nous avons depuis plusieurs mois limité nos interventions à l’achat de titres du marché monétaire, principalement à moins de 6 mois.

 

Fonds actions

Au sein des fonds actions, nous restons sous-pondérés au risque britannique.

Concernant notre gamme Small & Mid Cap, la sous-pondération au Royaume-Uni résulte uniquement d’un effet sélection et non pas d’une vue macro-économique.

 

Fonds convertibles

Au sein de notre stratégie Convertibles, nous gardons notre prudence sur le Royaume-Uni et maintenons notre vue négative sur la livre sterling (GBP). En effet, le risque de change GBP reste partiellement couvert.

 

Fonds d’allocation

Nous n’avons pas pris de positions de gestion spécifiques quant à l’issue du Brexit.

Nous conservons une exposition sur le Royaume-Uni au travers de notre position sur les actions européennes. Nous sommes en revanche sous-pondérés sur la zone Europe au profit de la zone américaine, pour une exposition globale actions neutre avec l’indice.

Nous n’avons, par ailleurs, pas d’exposition sur la Livre Sterling.


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