Chine : Pékin suspend le pilotage de la croissance et se retient de stimuler fortement la reprise

26/05/2020

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La reprise de l'activité se poursuivra progressivement, de sorte que la croissance atteigne un rythme autour de 3 % en 2020. Les risques à ce scénario sont toutefois baissiers.

Thuy Van Pham
[Thuy Van Pham, Economiste]

La session annuelle de l’Assemblée nationale populaire du Parti communiste chinois (PCC) s’est ouverte le 22 mai 2020. Se tenant traditionnellement début mars, cette manifestation a l’occasion pour le gouvernement de Li Keqiang de faire un bilan de la pandémie du Covid-19, d’une part, et de dévoiler les grandes lignes de la politique économique prévue pour 2020, d’autre part.

Dans l’ensemble, les discours du Comité central du PCC sont centrés sur les conséquences de la crise sanitaire. Sur le plan économique, Pékin a reconnu que le pays était confronté à « certains facteurs difficiles à prévoir dans son développement en raison de la grande incertitude concernant la pandémie de Covid-19 et l’environnement économique et commercial mondial« . De ce fait, le gouvernement a décidé de renoncer à fixer un objectif spécifique de croissance économique pour 2020. La feuille de route d’ici la fin de l’année se concentrera désormais sur le maintien de l’emploi, à la lutte contre la pauvreté et à la préservation du niveau de vie des ménagesPour cela, les objectifs intermédiaires ont été fixés, notamment :

  • L’inflation à 3,5 % (contre 2,9 % en 2019)
  • 9 millions d’emplois créés (après 13,5 millions en 2019) et le taux de chômage à 6 % (après 5,5 % en 2019) ;
  • La croissance de la masse monétaire M2  » significativement au-dessus  » des 8,7 % observés en 2019 ;
  • Le déficit public du gouvernement central à « au moins 3,6 % du PIB » contre 2,8 % en 2019, soit une augmentation d’environ 1 000 milliards de yuans, via une réduction des charges fiscales supportées par les entreprises
  • Le quota d’émissions d’obligations exceptionnelles du gouvernement central à 1 000 milliards de yuans (1 % du PIB)
  • Le quota d’émissions d’obligations spéciales des gouvernements locaux à 3 750 milliards de yuans (3,6 % du PIB) contre 2 150 milliards en 2019

 

Le discours de Li Keqiang et les objectifs macroéconomiques annoncés montrent clairement la prudence de Pékin. En renonçant de fixer un objectif de croissance pour la première fois depuis 1990, les autorités semblent vouloir éviter le risque de provoquer des mouvements d’instabilité face à un environnement économique, financier et social complexe. Un objectif de croissance haut serait en effet difficile à atteindre, remettant en question leur politique de pilotage de la croissance tandis qu’un objectif bas serait un mauvais signal pour les marchés sur l’état de santé de l’économie.

La prudence s’observe également au niveau de la gestion de politique économique. Avec les objectifs annoncés à l’issue de l’Assemblée et incluant les mesures déjà appliquées depuis le début de la crise sanitaire du Covid-19, le montant de relance total est estimé à environ 5-6 % du PIB. Il est bien moindre que le plan de relance de 13 % du PIB mis en place au lendemain de la crise financière de 2008-2009. En outre, la relance passera cette fois par la réduction des recettes fiscales et par les émissions d’obligations spéciales afin de limiter le risque financier associé à la montée de l’endettement privé. En 2008, le plan de relance avait privilégié l’augmentation des dépenses en infrastructures via l’expansion du crédit.

Malgré la prudence des autorités, nous maintenons notre scénario inchangé à ce stade. Nous pensons que face à un environnement chahuté par l’effondrement de la demande mondiale et le choc de confiance des agents privés, Pékin va devoir renforcer les mesures de relance au cours des mois à venir. D’ailleurs les mentions  » au moins 3,6 %  » pour le déficit public et  » au moins la croissance de 2019  » pour la masse monétaire montrent bien sa volonté d’agir de nouveau si nécessaire. Dans ce contexte, la reprise de l’activité se poursuivra progressivement, de sorte que la croissance atteigne un rythme autour de 3 % en 2020. Les risques à ce scénario sont toutefois baissiers. Une chute plus profonde du commerce mondial, la résurgence des tensions avec les Etats-Unis mais surtout le retard des autorités dans l’application des mesures de relance nécessaires si les incertitudes venaient à s’accentuer (en termes de  » timing  » et d’ampleur) sont autant d’obstacles à la reprise déjà difficile de l’économie.

 

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