Chine : un rebond des PMI ne fait pas la reprise en V

02/04/2020

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Selon nos dernières projections, sans le soutien des autorités, la croissance du PIB du pays pourrait descendre en dessous de 2 % en 2020. Il s'agit là d'un rythme de croissance que Pékin ne pourra se permettre pour des raisons sociales et politiques.

[Thuy Van Pham, Economiste Marchés Emergents]
En Chine, le redémarrage de l’appareil productif se confirme après deux mois de confinement. Selon les enquêtes réalisées par le Bureau National des Statistiques, l’indice PMI du secteur manufacturier est revenu en mars au-dessus de la ligne des 50, bondissant de 35,7 à 52. Le rebond est en ligne avec l’enquête réalisée par Caixin/Markit (de 40,3 à 50,1). Parallèlement, l’activité des services s’est également redressée. L’indice PMI non manufacturier a rebondi à 52,3 après 29,6 en février.

Chine : PMI du secteur manufacturier / Chine : PMI du secteur non manufacturier

Le rebond des PMI est encourageant. Cependant, il est important de ne pas surinterpréter ces résultats. Tout d’abord, ces derniers reflètent tout simplement l’amélioration des appréciations qualitatives des directeurs d’achat concernant la situation en mars par rapport au mois de février au cours duquel le pic de l’épidémie et du confinement a été observé. En effet, les indices sont établis à partir d’enquêtes mensuelles réalisées auprès de panels d’entreprises auxquelles une question est recensée : « la situation s’est-elle améliorée, détériorée ou est restée stable par rapport au mois précédent ? ».

Ensuite, le rebond des PMI ne signifie pas que l’appareil productif de la Chine est revenu totalement à la normale. Au 27 mars, l’économie fonctionnait à 75 % de ses capacités normales. Selon le Ministère du Commerce, le taux de reprise est de 78 % dans l’industrie. Il est plus variable dans l’activité des services : 99 % pour les supermarchés, 95 % pour les magasins de proximité, 80 % pour le secteur de la restauration et seulement 60 % pour l’hôtellerie. Enfin, le taux de reprise des entreprises reste faible à Hubei, le foyer de l’épidémie. Il est estimé à 54 % au 27 mars.

Enfin, s’il n’y a pas de doute quant à la reprise de l’activité, celle-ci ne sera pas en V. En effet, après le choc sévère au premier trimestre, l’économie devra faire face à de nombreuses incertitudes, de sorte que la phase de convalescence sera longue. Le maintien des mesures de précaution face au risque de résurgence de l’épidémie via les cas importés va freiner l’élan de la reprise, tout comme la perspective d’une récession mondiale. Mais la plus grande préoccupation concernera la trajectoire de la demande domestique et le risque de retard en matière de soutien des autorités à l’activité. Sur ce sujet, force est de constater que Pékin semble adopter une approche prudente jusqu’à présent, ce qui contraste avec sa gestion de crise de 2008-2009, à la fois en termes de rapidité et d’ampleur. A ce stade, seuls les outils monétaires ont été mobilisés pour assurer les besoins de liquidités des banques et stimuler leur distribution de crédit (baisses des taux interbancaires, du taux reverse repo et des ratios de réserves obligatoires – cf. tableau ci-dessous). En revanche, les taux d’intérêt de prêt ayant un impact direct sur les crédits accordés au secteur privé sont maintenus inchangés. Sur le plan budgétaire, si des mesures ont été annoncées, notamment des baisses fiscales aux PME, des subventions aux ménages à faible revenu et des réductions de taxe pour les achats d’automobiles, le degré de précision concernant le calendrier de mise en œuvre et surtout le montant du budget de relance demeure toutefois très flou.

Selon nos dernières projections, sans le soutien des autorités, la croissance du PIB du pays pourrait descendre en dessous de 2 % en 2020. Il s’agit là d’un rythme de croissance que Pékin ne pourra se permettre pour des raisons sociales et politiques. Tôt ou tard, un grand plan de relance sera nécessaire pour le pouvoir en place. Il sera mis en place avec probablement des outils différents que celui annoncé lors de la crise de 2008-2009 afin de limiter l’autre risque auquel l’économie chinoise doit faire face : l’instabilité financière lié au niveau élevé de l’endettement. Pour rappel, le gouvernement chinois avait annoncé en novembre 2008 un vaste plan de relance de 4 000 milliards de yuans (13 % du PIB à l’époque) pour relancer la demande domestique sur 2009-2010. Ce programme était centré sur les investissements dans les infrastructures publiques via l’expansion du crédit bancaire. Il avait entraîné in fine une vive progression de la dette du secteur privé. Depuis 2007, celle-ci a augmenté de près de 90 points de PIB, à 205 % du PIB fin 2019.

Chine : les mesures de soutien à l'économie annoncées depuis février 2020

 

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