Des données économiques américaines « insolentes »

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Les plus récentes publications montrent que l'économie américaine ne présente pas les symptômes de la récession. Plusieurs données sont même " insolentes " à ce stade avancé du cycle. Notre diagnostic conjoncturel nous laisse à penser que le cycle actuel va nous surprendre par sa longévité, ce qui n'empêche pas de garder à l'esprit les mécanismes de ce qui pourrait provoquer, à terme, une récession de nature " endogène ".

 

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[Christophe Morel, Chef Economiste]
  1. 1. Notre analyse textuelle du Rapport ISM de mars (enquête de conjoncture auprès des industriels américains) fait clairement apparaître une dynamique conjoncturelle toujours favorable avec une forte occurrence de termes positifs comme  » growth« ,  » increase « ,  » expansion  » (graphique 1). Plus encore, l’enquête suggère un  » élastique conjoncturel  » positif lié à un niveau très bas des stocks. Ainsi, la production des entreprises est à nouveau en retard par rapport à la demande des ménages ; et s‘il n’y a pas de choc exogène, cela crée les conditions d’une amélioration cyclique avec un redémarrage de la production pour reconstituer les stocks (d’ailleurs, ce phénomène de  » retard de la production  » est plus généralement observé dans les pays développés, graphique 2). Des indices de climat des affaires aussi bien orientés, à ce stade du cycle, dans tous les secteurs de l’économie américaine (industrie, services, construction) n’est pas courant !

 

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2. Les données sur le marché de l’emploi sont tout autant insolentes : les inscriptions hebdomadaires à l’assurance-chômage atteignent un plus bas depuis 1969 (graphique 3) ! Les créations d’emploi restent sur un rythme de 180 000 par mois ! Et plus généralement, l’ensemble des indicateurs d’emploi sont sur des niveaux historiquement très favorables (graphique 4 montrant la situation relative des principales statistiques d’emploi en 2007 et en mars 2019) ! A ce stade du cycle, des statistiques de créations d’emploi à 100 000 / mois seraient suffisantes pour maintenir le taux de chômage inchangé.

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3. Si l’économie américaine ne présente pas les signes précurseurs d’une récession, il est toutefois utile de déterminer par quels mécanismes, concrètement, pourrait éventuellement survenir une récession indépendamment de facteurs « exogènes » (choc sur le commerce mondial, …). Pour nous, le principal risque proviendrait d’une hausse des salaires sans transmission à l’inflation dans un contexte d’incertitudes élevées qui freinerait les entreprises dans l’activation de leur « pricing power » : d’une part, cela provoquerait une dégradation des marges qui obligerait les entreprises à ajuster la production, les stocks et l’investissement (graphique 5) ; d’autre part, la baisse des profits se traduirait par une baisse « amplifiée » des actifs risqués dans un environnement de microstructure défaillante, avec des effets récursifs sur la consommation (via l’effet-richesse) et l’investissement (via la hausse du coût du capital).
Pour le moment, la progression des salaires a été relativement régulière, sans accélération inquiétante. Cependant, les composantes « salaires » dans les enquêtes de conjoncture restent relativement tendues (graphique 6). Pour la pérennité du cycle, il serait préférable que ces indicateurs se détendent.

Cela est notre principal point de vigilance.

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