Les politiques monétaires ultra-accommodantes diminuent la discrimination des risques

21/11/2019

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Par Christophe Morel, Chef économiste chez Groupama Asset Management.

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[Christophe Morel, Chef Economiste]
De plus en plus de voix s’élèvent sur les effets pervers des politiques monétaires durablement et exceptionnellement accommodantes : elles provoqueraient une mauvaise allocation des ressources, pesant à terme sur la productivité globale ; en particulier, les politiques monétaires ultra-accommodantes contribueraient à la « zombification » de l’économie, à savoir au maintien en activité d’entreprises qui devraient normalement disparaître.

 

En s’appuyant sur les statistiques de la BRI (Banque des règlements internationaux), nous observons que la proportion de ces entreprises « zombies » 1 a globalement augmenté de 2% à la fin des années 80 à 12% voire 16% selon la mesure retenue (équipondérée ou pondérée par le PIB). Cette augmentation est plus nette dans les pays anglo-saxons (Australie, Canada, États-Unis et Royaume-Uni).

Notre analyse statistique montre qu’il existe une relation de causalité entre les taux d’intérêt et la proportion des entreprises zombies dans l’économie. Ainsi, la baisse des taux d’intérêt diminue la discrimination financière contribuant à maintenir en vie des entreprises non rentables qui devraient en principe disparaître (cf. graphique).

Zombification de l'économie et taux d'intérêt

Nous pensons que les politiques monétaires ont clairement soutenu la conjoncture et évité un coût social très important (Haldane, 2017). Mais le débat sur les conséquences des politiques monétaires ultra-accommodantes entre les effets à court terme positifs sur la conjoncture et les impacts négatifs à long terme sur l’allocation du capital, prend forcément de plus en plus d’ampleur au fur et à mesure que la politique monétaire a de moins en moins de marges de manœuvre et que les taux restent durablement bas.

Cette analyse nous permet de dresser deux conclusions : d’une part, la situation de plus en plus fragile des entreprises (de plus en plus endettées, avec une proportion croissante de sociétés insuffisamment rentables) est susceptible d’amplifier l’ajustement conjoncturel en cas de retournement ; d’autre part, les coûts à long terme sur la productivité d’une politique monétaire ultra-accommodante est un argument supplémentaire pour que le barycentre de la politique économique porte désormais davantage sur les politiques budgétaires.

 

1 : la définition la plus consensuelle d’une entreprise « zombie » est une entreprise qui a au moins 10 ans d’existence (pour éviter le biais dû aux entreprises jeunes qui sont forcément moins rentables), et qui n’est pas assez profitable pour couvrir le service de la dette, et ce pendant au moins 3 années consécutives.

 

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