Pays émergents : les banques centrales s’orientent vers un statu quo, le dilemme « croissance-inflation » s’accentue dans les pays fragiles

19/11/2020

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Au total, la politique monétaire devrait rester accommodante pour une période prolongée. Ce constat concerne principalement l'Asie. En revanche, certaines EMs fragiles ne seront pas à l'abri d'un retournement de sentiment des marchés. Dans ce contexte, les banquiers centraux concernés n'auront pas d'autres choix que d'aller à l'encontre de la reprise et de normaliser leur politique monétaire plus tôt que prévu afin d'assurer la stabilité financière.

Thuy Van Pham
[Thuy Van Pham, Economiste Marchés Emergents]

Dans les économies émergentes (EMs), le cycle d’assouplissement de la politique monétaire entamé pour faire face à la crise sanitaire du Covid-19 s’est interrompu. Selon notre indicateur, la plupart des banques centrales ont opté en faveur d’une pause depuis l’entrée de l’été (cf. graphique 1). Le statu quo est généralisé en Asie. En Chine, les autorités ont annoncé en faveur d’une politique monétaire plus neutre en raison des inquiétudes associées à la montée de l’endettement.

 La situation est, en revanche, plus disparate dans les autres zones émergentes. Si les banques centrales chilienne, péruvienne, polonaise, hongroise et tchèque ont adopté le statu quo, celles de la Colombie et du Mexique ont continué de leur côté de baisser leur taux directeur jusqu’en octobre. Le même mois, la Banque centrale du Brésil a, quant à elle, mis fin au cycle de baisse du taux SELIC. En Turquie, les autorités monétaires ont même relevé leur taux d’intérêt directeur de 200 points de base à l’issue de la réunion du 24 septembre 2020. Le taux de prêt à 1 semaine (repo) est passé à 10,25 %. Il s’agit du premier resserrement de la politique monétaire de la banque centrale turque depuis deux ans.

A court terme, les politiques monétaires sont appelées à rester accommodantes dans son ensemble. Ce scénario se justifie par la reprise économique qui reste lente et inégale. Certes, le climat des affaires du secteur manufacturier s’est amélioré. La forte demande des pays développés profite aux économies exportatrices, notamment en Asie où les ventes de marchandises à l’étranger ont retrouvé leur niveau d’avant crise (cf. graphique 2). Toutefois, le maintien des restrictions nationales freine toujours la réouverture totale des économies, en particulier le rattrapage de l’activité des services. Parallèlement, le choc de confiance ne s’atténue que lentement et pèse sur la reprise de la demande domestique.

Pays emergents : indicateurs de resserement / assouplissement des politiques monétaires " conventionnelles " et exportations en volume (indice, 100=décembre 2019)

Les divergences spécifiques vont cependant entretenir l’hétérogénéité de l’environnement monétaire émergent. Certaines banques centrales vont devoir faire face aux pressions quant à une normalisation de leur politique monétaire. En premier lieu, le contexte inflationniste est devenu un peu plus tendu dans certaines EMs (cf. graphique 3). En Europe centrale (Pologne, Hongrie, République tchèque) par exemple, l’inflation évolue actuellement dans la fourchette haute de la bande de fluctuations autorisées. La problématique est encore plus inquiétante en Inde et surtout en Turquie où l’inflation s’est réaccélérée et dépasse largement la cible fixée par les banques centrales respectives.

Dans le même temps, les vulnérabilités financières se sont accrues notamment dans les pays assortis de déséquilibres structurels (déficits budgétaires et extérieurs, endettement public et/ou externe). Alimentant les sorties de capitaux étrangers, et in fine les pressions baissières sur les devises et les prix, elles limitent la capacité de soutien supplémentaire des banquiers centraux à la reprise de l’activité réelle. Sur ce point, la vigilance porte particulièrement sur les pays d’Amérique latine et d’Europe émergente. Au Brésil par exemple, la dégradation des finances publiques s’est accentuée, conséquences de nombreuses mesures de relance mises en place pour contrer les effets de la crise (cf. graphique 4). En Turquie, outre l’indépendance de la banque centrale, la méfiance se concentre sur la soutenabilité de la dette externe alors que les réserves de change continuent de s’effondrer.

Au total, la politique monétaire devrait rester accommodante pour une période prolongée. Ce constat concerne principalement l’Asie. En revanche, certaines EMs fragiles ne seront pas à l’abri d’un retournement de sentiment des marchés. Dans ce contexte, les banquiers centraux concernés n’auront pas d’autres choix que d’aller à l’encontre de la reprise et de normaliser leur politique monétaire plus tôt que prévu afin d’assurer la stabilité financière. C’est déjà le cas en Turquie où le cycle de resserrement monétaire devrait se poursuivre dès le 19 novembre. Il devrait être le cas en Inde et au Brésil au cours de la première partie de 2021 si les vulnérabilités financières venaient à s’accentuer et à exacerber in fine la méfiance des investisseurs. Les banques centrales des pays de l’Europe centrale commencent également à réfléchir sur une « exit strategy » de leur côté tout en surveillant la trajectoire de l’inflation.

Pays émergents : prix à la consommation (variations sur un an, dernier point octobre 2020 %) et Brésil : solde du gouvernement général (en % du PIB, mm12)

 

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