#Recherche
29 novembre 2021

Pays émergents : vers un durcissement monétaire plus généralisé et plus agressif

En conclusion, malgré les besoins de soutien à la reprise économique, les banques centrales des pays d'Amérique latine et d'Europe vont devoir amplifier le processus de relèvements des taux directeurs pour lutter contre l'inflation et assurer la stabilité financière.

Thuy Van Pham
[Thuy Van Pham, Economiste Marchés Emergents]
Dans les pays émergents (EMs), les relèvements des taux d’intérêt directeurs des banques centrales se multiplient depuis le début de l’année. Le durcissement monétaire s’observe en particulier en Amérique latine et en Europe (cf. graphique 1). La banque centrale du Brésil a été la plus active avec 7 hausses du taux Selic depuis mars pour un montant total de 575 points de base (pb). Le mouvement est en revanche moins suivi en Asie. La plupart des économies ont maintenu le biais accommodant. Seuls la Corée du Sud et Singapour ont resserré leur politique monétaire (relèvement du taux directeur de 25pb pour le premier, augmentation de l’objectif sur le taux de change du dollar singapourien pour le second). Enfin à contre-courant, la Turquie s’est engagée dans un « super-cycle » de baisses des taux d’intérêt depuis septembre (-400pb au total).

Pays émergents : variation des taux d'intérêt directeurs (niveau nov 2021 / janvier 2021, en %)

Pays émergents : inflation (en %)

 

Toutefois, les banques centrales engagées dans un cycle de resserrement monétaire ont fait preuve de retenue jusqu’à présent. La plupart sont « behind the curve ». En effet, le taux directeur réel reste négatif, la hausse du taux nominal n’étant pas opérée dans la même proportion que la hausse de l’inflation. Nous pensons que la remontée des taux va s’amplifier dans les mois à venir. Deux facteurs justifient ce scénario :

1/ Le contexte inflationniste de plus en plus tendu : les pressions haussières sur les prix se renforcent. A l’exception de l’Asie, l’inflation a poursuivi son accélération au cours de l’été, dépassant largement la fourchette de fluctuations autorisées dans plusieurs EMs (cf. graphique 2). Elle est soutenue à la fois par la hausse des prix des produits alimentaires et énergétiques et du fléchissement des taux de change vis-à-vis du dollar. Cependant, l’inflation sous-jacente s’est aussi accélérée, en particulier en Turquie, en Europe centrale, en Russie mais aussi au Brésil.

2/ La politique monétaire aux Etats-Unis : le changement de ton du côté de la Fed et la probabilité d’un resserrement monétaire plus tôt que prévu posent un risque sur la stabilité financière des EMs vulnérables :

  • Selon le FMI (chapitre 4, WEO avril 2021), un resserrement monétaire « surprise » de 100pb de la Fed entraînerait une hausse du taux de rendement 10 ans de 60 pb dans les EMs (+70 pb dans un EM ayant une note de crédit « spéculative » et +76 pb dans un EM à forte volatilité de change). Parallèlement, les investissements de portefeuille quittent les pays émergents, les devises de ces derniers se déprécient par rapport au dollar (d’un point de pourcentage selon le FMI) et les marchés actions tendent à sous-performer.
  • Sur ce point, la Turquie et les pays d’Amérique latine sont les plus exposés. Certes, leurs balances extérieures sont moins déficitaires que lors de la crise de change en 2013-2014. Le risque de sorties massives de capitaux demeure cependant élevé. La crise sanitaire a accentué les besoins de financement. L’endettement public a fortement augmenté (cf. graphique 3), tandis que la dette privée comporte une part significative et croissante en devises étrangères (cf. graphique 4). S’ajoute à cela les fragilités spécifiques qui entretiennent les pressions sur les devises locales, notamment en Turquie (manque de crédibilité de la banque centrale dans la lutte contre l’inflation) ou au Brésil (instabilité politique à l’approche des élections et lente avancée des réformes fiscales).

Pays émergents : estimation du déficit primaire (% du PIB)

Pays émergents : dette totale de l'économie (T1 2021 incluant le secteur financier, par devises, % du PIB)

En conclusion, malgré les besoins de soutien à la reprise économique, les banques centrales des pays d’Amérique latine et d’Europe vont devoir amplifier le processus de relèvements des taux directeurs pour lutter contre l’inflation et assurer la stabilité financière. Le mouvement devrait se généraliser, à commencer en Turquie où les autorités devraient infléchir l’orientation de leur politique monétaire pour restaurer la confiance des investisseurs. En Asie, la politique monétaire est appelée à rester accommodante en l’absence de l’inflation à ce stade. La réouverture totale des économies prévue d’ici juin 2022 suppose toutefois une normalisation de la politique monétaire au cours de la seconde partie de l’année.

 

DISCLAIMER

Ce document est conçu exclusivement à des fins d’information.

Groupama Asset Management et ses filiales déclinent toute responsabilité en cas d’altération, déformation ou falsification dont ce document pourrait faire l’objet.

Les informations contenues dans ce document sont confidentielles et réservées à l’usage exclusif de ses destinataires.

Toute modification, utilisation ou diffusion non autorisée, en tout ou partie de quelque manière que ce soit est interdite.

Les informations contenues dans cette publication sont basées sur des sources que nous considérons fiables, mais nous ne garantissons pas qu’elles soient exactes, complètes, valides ou à propos. 

Ce document a été établi sur la base d’informations, projections, estimations, anticipations et hypothèses qui comportent une part de jugement subjectif. Les analyses et conclusions sont l’expression d’une opinion indépendante, formée à partir des informations publiques disponibles à une date donnée et suivant l’application d’une méthodologie propre à Groupama AM.

Compte tenu du caractère subjectif et indicatif de ces analyses, elles ne sauraient constituer un quelconque engagement ou garantie de Groupama AM ou un conseil en investissement personnalisé. Ce support non contractuel ne constitue en aucun cas une recommandation, une sollicitation d’offre, ou une offre d’achat, de vente ou d’arbitrage, et ne doit en aucun cas être interprété comme tel. Les équipes commerciales de Groupama Asset Management et ses filiales sont à votre disposition afin de vous permettre d’obtenir une recommandation personnalisée.