Le Comité central issu du 20e Congrès du Parti communiste chinois (PCC) a tenu sa 4e session plénière les 20-23 octobre 2025 à Pékin. A cette occasion, le président Xi Jinping a présenté un rapport de travail incluant des propositions sur l’élaboration du 15e plan quinquennal (2026-2030). Ce dernier sera officiellement entériné au cours de la session du Parlement en mars 2026. Les premières recommandations ont été dévoilées (cf. graphique ci-dessous).
Dans l’ensemble, le plan s’inscrit dans la continuité du 14e plan tout en intégrant les grands défis internes et internationaux. Il est aussi considéré comme une phase cruciale dans la feuille de route vers la quête d’hégémonie de Xi Jinping. Selon le communiqué du PCC, la période couverte par le 15e Plan quinquennal « constituera un maillon clé entre le passé et l’avenir » puisqu’elle « vise à consolider les fondations et à progresser sur tous les fronts en vue de réaliser fondamentalement la modernisation socialiste d’ici 2035 ».
Plus concrètement, la priorité donnée au développement de haute qualité est maintenue.Comme mentionné lors du 14e plan, la Chine ne cherche pas une croissance rapide à tout prix, mais un rythme stable et plus soutenable. L’objectif de croissance, en ce sens, n’est pas non plus explicite pour la période 2026-2030. En revanche, Pékin continue de viser un revenu par habitant au niveau des économies modérément développées, ce qui signifie implicitement une croissance entre 4-4,5 % en moyenne par an d’ici 2035.
Aussi, le communiqué met en avant la volonté des autorités d’avancer sur les objectifs structurels de long terme. Unerestructuration de l’ordre des priorités a été observée :
- Le développement d’un système industriel, sa montée en gamme et le renforcement de l’économie réelle sont mentionnés en premier. Le communiqué insiste sur une industrie verte, intelligente et intégrée, avec le maintien d’une part raisonnable de l’industrie dans le PIB. Il rappelle les cinq domaines à accélérer : la fabrication, la qualité des produits, l’aérospatial, les transports, et le cyberspace.
- La technologie et l’innovation, bien que placée en deuxième position, reste un pilier stratégique. Dans un contexte de tensions géopolitiques (notamment avec les États-Unis), le ton reste ferme : « la Chine devra renforcer son autonomie et sa puissance dans les domaines de la science et de la technologie, et orienter le développement de nouvelles forces productives de qualité ». Elle devra « saisir l’opportunité historique offerte par la nouvelle vague de révolution technologique » pour viser « une position de leader dans le développement scientifique et technologique ». L’accent sera mis sur l’innovation originelle, les technologies fondamentales clés et le développement de « Chine numérique ».
- Le rééquilibrage du modèle de croissance en faveur de la consommation reste un cap affirmé mais les détails concrets sont limités. Les orientations retenues sont : l’amélioration des conditions de vie, l’encouragement d’un cycle vertueux entre l’offre et la demande, le soutien actif à la consommation et l’amélioration de la gouvernance macroéconomique. Les mécanismes précis de mise en œuvre ne sont pas précisés.
- Enfin, le plan mentionne la poursuite de l’ouverture à l’investissement et au commerce, malgré les vents contraires liés à la géopolitique. La Chine soutient le multilatéralisme commercial et la coopération gagnant-gagnant, notamment dans le cadre de l’initiative Belt and Road. Les axes complémentaires tels que le développement rural, l’écologie et la sécurité nationale sont confirmés mais restent flous. En particulier, les autorités souhaitent « poursuivre résolument la lutte contre la pollution, améliorer les écosystèmes, accélérer le développement d’un nouveau système énergétique, progresser activement mais prudemment vers le pic des émissions, et accélérer la transition vers des modes de production et de consommation respectueux de l’environnement ».
En conclusion, le communiqué du 4e Plénum suggère que le prochain plan quinquennal s’inscrira dans la continuité des grandes orientations stratégiques déjà bien établies. La Chine confirme son attachement à ses objectifs de long terme : restructurer son appareil productif vers des segments à plus forte valeur ajoutée, tout en renforçant le rôle de la technologie, de l’innovation et de la consommation intérieure comme piliers essentiels de sa croissance future. Dans un contexte marqué par un durcissement de la posture tarifaire des États-Unis, cette trajectoire vers une société moderne et souveraine, combinée à une ambition affirmée d’hégémonie industrielle et technologique, laisse entrevoir un maintien, voire une intensification, de la conflictualité stratégique sino-américaine à moyen terme.

