24 Jun 2026
Recherche
Chine : la faiblesse de la demande entretient les déséquilibres

Les dernières statistiques confirment que la consommation des ménages demeure le principal point faible de l’économie. En mai 2026, les ventes au détail se sont contractées de 0,6 % sur un an (cf. graphique 1). Il s’agit de la première baisse depuis plus de trois ans. Certes, une partie de ce recul s’explique par un effet de base défavorable après les programmes de subventions mis en place l’an dernier. Toutefois, la contre-performance est généralisée. Les dépenses discrétionnaires, telles que les loisirs, la restauration ou certains services, continuent de montrer des signes d’essoufflement. Les segments encore dynamiques, notamment les équipements de communication liés à l’IA, ont affiché un net ralentissement par rapport au début de l’année.
La faiblesse de la consommation reflète avant tout une dégradation durable du moral des consommateurs. L’indice de confiance évolue à des niveaux historiquement bas malgré la croissance de l’activité et les mesures de soutien mises en place par les autorités (cf. graphique 2). La crise immobilière, les incertitudes sur les revenus futurs et l’absence de protection sociale développée continuent d’inciter les ménages à privilégier l’épargne de précaution au détriment de la consommation. Les enquêtes de la Banque populaire de Chine montrent d’ailleurs que leur préférence pour l’épargne continue de progresser, atteignant un niveau historiquement élevé (plus de 60 % contre 45 % avant la pandémie, cf. graphique 3). En revanche, les intentions de consommation et d’investissement restent faibles.
Une telle évolution constitue un enjeu structurel majeur pour Pékin. La faiblesse de la demande intérieure intervient alors même que les capacités productives continuent de progresser. Soutenue par la politique industrielle ambitieuse et par le développement des secteurs technologiques, l’économie se trouve aujourd’hui confrontée à un déséquilibre croissant, entre une offre dynamique et une demande domestique insuffisante pour absorber l’ensemble de la production. Cette situation contribue à entretenir les surcapacités dans de nombreux secteurs industriels. Elle explique aussi en partie la persistance de faibles pressions inflationnistes malgré la remontée des prix à la production (cf. mail du 3 juin 2026, Chine : une reflation tirée par les coûts, pas par la demande).
Les conséquences dépassent le cadre domestique. En l’absence d’une demande intérieure robuste, les entreprises cherchent des débouchés à l’extérieur afin d’écouler leurs capacités de production excédentaires. Cette dynamique contribue à renforcer la présence de la Chine dans les chaînes de valeur mondiales, mais alimente les tensions commerciales avec ses principaux partenaires. Elle pourrait aussi conduire à une exportation des pressions déflationnistes vers le reste du monde. Les prix à l’exportation évoluent d’ailleurs à leur plus bas niveau depuis 2021 (cf. graphique 4).
Ainsi, sans amélioration significative de la confiance des ménages, la croissance continuera d’évoluer à deux vitesses. Les autorités devront alors s’appuyer davantage sur l’industrie et les exportations pour soutenir l’activité, au risque d’accentuer les déséquilibres internes et les tensions commerciales mondiales.