05 octobre 2026

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La démographie, un plafond pour les taux d'intérêt d'équilibre

Morel
Christophe MOREL

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La hausse des besoins de financement liés à l'investissement numérique, aux dépenses de défense, au développement de la robotique ou encore au refinancement des dettes publiques pose une question aux marchés financiers : l’épargne mondiale suffira-t-elle à financer tous ces projets en même temps ? Si ce n'est pas le cas, la concurrence entre investissements privés et publics pourrait faire monter encore le niveau d'équilibre des taux d’intérêt. La démographie étant l’un des déterminants structurels de l’offre d’épargne, analyser cette offre suppose de s’intéresser à l’évolution de la structure démographique.


  1. La démographie, l’une des « forces globales » qui ont fait baisser les taux d’intérêt réels


La littérature économique s'accorde largement sur un point : le vieillissement de la population a contribué à la baisse tendancielle des taux d’intérêt par un mécanisme d’excès d’épargne sur l’investissement. Les 50-70 ans sont la tranche d'âge qui épargne le plus, la hausse de leur poids dans la population a donc augmenté l'épargne disponible et pesé sur les taux (graphique 1). Selon les études, le facteur démographie aurait ainsi fait baisser les taux d’intérêt réels de 1% à 4%.

Le débat économique est aujourd'hui plus ouvert : cette tendance va-t-elle se poursuivre ? Ou bien, les retraités vont-ils au contraire désépargner massivement (great demographic reversal) voire vendre leurs actifs (asset market meltdown), ce qui ferait remonter les taux d'intérêt ?
 

Source : ONU, Bloomberg - Calculs : Groupama AM

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  1. L’analyse porte désormais autant sur le comportement d'épargne des actifs d'âge intermédiaires (50-70 ans) que sur celui des retraités 

Le vieillissement actuel de la population a deux causes. D'une part, la baisse de la fécondité continue d'accroître la part des 50-70 ans. Ces prime savers, qui épargnent le plus, seront encore plus nombreux, ce qui constitue toujours une pression baissière sur les taux d’intérêt. D'autre part, avec l'allongement de l'espérance de vie, il convient de s'intéresser également au comportement d'épargne des plus de 70 ans. Les études disposent désormais d'assez de recul, notamment grâce au suivi des cohortes, pour mettre en évidence une « énigme » (retirement saving puzzle). Contrairement à ce que prévoit la théorie du cycle de vie, les ménages âgés ne désépargnent pas et ne vendent pas leur patrimoine. Ce constat vaut dans tous les pays (cas de la France sur les graphiques 2 et 3). En réalité, ce comportement n'a rien d'énigmatique : il est parfaitement rationnel, car l'incertitude sur la durée de vie oblige à la prudence.

Source : Commission européenne et INSEE
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  1. Structure démographique et taux d'intérêt

Pour anticiper l'offre d'épargne, il faut donc prendre en compte l'ensemble des plus de 50 ans, sans limite d'âge. Le vieillissement s'accélère dans les pays développés et touche désormais de nombreux pays émergents (graphique 4). Cela devrait soutenir l’offre mondiale d’épargne, et donc permettre de financer le supercycle d’investissement. Cette épargne abondante devrait limiter la hausse du niveau d’équilibre des taux d’intérêt (graphique 5).

L'épargne potentielle des pays émergents (graphique 6) pourra aussi s'investir sur les marchés financiers des pays développés. La recherche de souveraineté stratégique peut freiner la mondialisation des échanges de biens et services, mais la globalisation financière devrait se poursuivre.


Source : ONU, FMI, Bloomberg - Calculs : Groupama AM

Auclert & al. (2021), « Demographics, Wealth, and Global Imbalances in the Twenty-First Century », NBER n° 29161
Auclert & al. (2025), « The Race Between Asset Supply and Asset Demand », NBER n°34470
Crowe & al. (2022), « Population Ageing and Government revenue: Expected Trends and Policy Considerations to Boost revenue », OECD working paper n°1737
French, Jones & McGee (2023), « Why Do retired Households Draw Down Their Wealth So Slowly », Journal of Economic Perspectives, vol. 37(4)
Eggertsson & al. (2019), « A Model of Secular Stagnation: Theory and Quantitative Evaluation », American Economic Journal, vol. 11 (1).
Gagnon, Johannsen & Lopez-Salido (2021), « Understanding the New Normal: The Role of Demographics », IMF Economic Review, vol. 69 (2).
Nardi, French & Jones (2015), « Savings After Retirement : A Survey », NBER n° 21268


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