La Banque d’Angleterre (BoE) a maintenu son taux directeur à 3,75 %, par 6 voix contre 3. Au-delà du statu quo, le message apparaît plus restrictif à trois égards :
1. Le risque inflationniste est jugé plus orienté à la hausse qu’en juillet :
- Le changement majeur concerne l’appréciation du choc énergétique. Pour la BoE, celui-ci est plus fort et plus persistant qu’anticipé. Les prix spot de l’énergie sont désormais plus proches du scénario adverse de juillet que du scénario central et la majorité des membres accorde davantage de poids à une dynamique « higher for longer » en l’absence de désescalade durable. En conséquence, l’inflation pourrait atteindre 3,75 % au T4 2026, contre 3,2 % projeté en juillet, puis légèrement dépasser 4 % au T1 2027.
- La BoE se montre plus vigilante quant à la transmission du choc. Si les effets indirects ont été plus faibles qu’attendu jusqu’à présent, elle s’interroge néanmoins sur leur caractère réellement atténué ou simplement retardé. La couverture des coûts énergétiques, la compression des marges et l’utilisation de réserves peuvent temporairement limiter le « pass-through ». Si le choc persiste, ces amortisseurs pourraient toutefois devenir moins efficaces. Quant aux effets de second tour, ils restent limités à ce stade, mais le risque de leur matérialisation augmente. Une inflation durablement supérieure à la cible, notamment à l’approche des négociations salariales de 2027, pourrait davantage influencer les anticipations, les salaires et la fixation des prix. C’est désormais le principal risque de persistance surveillé par la BoE.
2. Une « forward guidance » plus restrictive
La « forward guidance » reste formellement inchangée : le Comité se tient prêt à agir si nécessaire pour maintenir l’inflation sur une trajectoire compatible avec un retour à la cible de 2 % à moyen terme.
Cependant, le ton s’est clairement durci. Certes, la BoE peut encore patienter, compte tenu d’une politique monétaire déjà restrictive, du durcissement récent des conditions financières, d’une demande intérieure modérée et d’un marché du travail détendu. Ces facteurs lui donnent du temps pour évaluer la propagation du choc énergétique. En revanche, le risque d’une hausse des taux s’est accru, en particulier si les prix de l’énergie restent durablement élevés et si des effets de second tour commencent à apparaître. Trois membres, Megan Greene, Catherine Mann et Huw Pill, ont déjà voté pour une hausse de 25 points de base dans une logique de gestion préventive du risque. Surtout, quatre des six membres favorables au statu quo, dont le gouverneur Andrew Bailey, ont ouvert plus explicitement la porte à un resserrement. Le biais devient ainsi plus « hawkish », mais reste conditionnel et sans pré-engagement.
3. Un QT inscrit dans la durée
La BoE entend maintenir une politique monétaire restrictive dans la durée, notamment à travers la poursuite du QT. Le rythme de réduction du bilan ralentira, de 70 milliards de GBP sur les douze derniers mois à 46 milliards par an en moyenne, mais s’inscrit désormais dans une trajectoire pluriannuelle. Le programme prévoit 20 milliards de GBP de ventes actives par an, complétées par les tombées de Gilts, avec pour objectif de ramener à zéro d’ici 2034 le portefeuille détenu à des fins de politique monétaire.
Au total :
- Nous révisons notre scénario et anticipons désormais une hausse préventive de 25 points de base en novembre 2026. La persistance du choc énergétique, la réévaluation à la hausse des risques d’inflation et le durcissement du discours de plusieurs membres du Comité augmentent la probabilité d’une action à court terme. Cette hausse relèverait avant tout d’une logique de gestion des risques afin de prévenir l’apparition d’effets de second tour.
- Nous n’anticipons toutefois pas le début d’un nouveau cycle de hausses. Les conditions financières sont déjà restrictives et l’économie dispose de peu de marge pour absorber des hausses prolongées, dans un contexte de croissance modérée et de contraintes budgétaires élevées. Le retour de la désinflation en 2027 devrait ainsi permettre à la BoE de reprendre la normalisation, vers un taux neutre autour de 3,25 % d’ici 2028.
